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Histoire

COURS D'HIER ... COURS LA VILLE D'AUJOURD'HUI (par René Bogneaux)

LA VILLE (par Michel FUSY)

  • Les origines

    Que sait-on des premières occupations humaines sur le grand territoire de Cours ? Peu de choses. Laissée dans l'oubli des fouilles archéologiques, la terre essentiellement forestière n'a livré que peu de traces, à part quelques très rares silex mis au jour par des paysans chanceux travaillant leurs champs ou curant une mare.   

        

    silex

    Ces menues trouvailles de petit outillage lithique ont été faites, pour la plupart, dans un passé déjà lointain. Conservées à titre privé, on en a complètement perdu la trace, à part un exemplaire de hache polie trouvée à Lagresle vers 1920.

    L'homme du néolithique, nomade et vagabond, circulait au gré des saisons. Pourtant, dans la région, à une époque reculée, celui-ci finit par s'établir, laissant des vestiges qui ont frappé l'inconscient collectif, tels le cromlech des Salles, à Ronno ou les « pierres plantées », à Marnand. Aujourd'hui ces témoins ont disparu. Enfin, enfouies dans l'humus des forêts aux abords de Cours, des accumulations de pierres (où l'on retrouva jadis des armes en fer) ne demandent qu'à parler.

    Que sait-on des peuplades gauloises de nos contrées haut-beaujolaises ? Jules César, dans ses « commentaires » au sens large, nous dévoile que notre territoire se situait approximativement aux confins de deux administrations : celles des Ségusiaves au sud et des Eduens au nord. Près de nous, des sous-groupes s'y côtoyaient tels les Ambarres à l'est et les Aulerces Brannovices un peu plus au nord.

    L'époque gallo-romaine est plus bavarde. A l'écart de l'importante Rodumna (Roanne), le grand territoire de Cours compte plusieurs localisations qui témoignent de l'existence de petites communautés humaines organisées : la Croix-Dumont, Bosland, la Bûche (Cours), Chabat (Le Cergne), Grandjean (Sevelinges), pour ne citer que celles qui ont laissé un peu de matériel archéologique, à l'instar de la zone industrielle de Bourg-de-Thizy.

  • Un début d'organisation

     

     

    Lorsque des moines bénédictins s'installent à Charlieu vers 870, le territoire de Cours n'est pas désert. Les Sires de Beaujeu poussent leur surveillance jusqu'au-delà des rives de la Trambouze et y établissent, peut être, autour de l'an mil, une enceinte féodale que l'on distingue encore de nos jours sur les pentes du Mont-Florentin. Le spirituel et le temporel s'entendent pour construire la France. Est-ce sous le règne des seigneurs beaujolais et les auspices des Bénédictins de Charlieu qu'est construite (et reconnue pour la première fois en 1219) la « Capellanus de Cors » ? L'organisation épiscopale future confiera Cours au diocèse de Mâcon jusqu'à la Révolution.

     
         
       motte féodale du Mt Florentin  
         
      A Cours, quelques familles apparaissent et tiennent en suzeraineté le fief d'Estieugues, depuis le Moyen-Âge jusqu'à la fin de l'Ancien Régime. Ce seront successivement les Foudras, Lavieu, Damas, Amanzé qui gouvernent Cours, la famille des Vichy étant la dernière régnante   
         
         
       Ruines du Château d'Estieugues en 1883  

         

  • Une région qui naît au textile

    Vers la fin du XVIIIe siècle, la population de Cours, essentiellement paysanne, compte quelque 240 feux donnant une population d'environ 1 200 habitants. On y a, comme dans toute la proche région, introduit la fabrication des toiles de coton, dites « beaujolaises ». Ce sont les paysans qui, lorsque les travaux des champs leur en laissent le temps, font battre un ou deux métiers à tisser. Ils deviendront les célèbres « paysans-tisseurs ».

    Autour de 1825, on introduit la fabrication des couvertures, initiée dit-on, par un certain Antoine Chapon. Jusque vers 1850, ce seront près de 800 ouvriers qui travaillent à cette industrie. Les carderies et filatures au bord des ruisseaux, mues par l'hydraulique, feront place à des manufactures complètement intégrées et activées par des machines à vapeur à partir de 1859.

     

    Carderie

  • Quand la Grande Histoire frôla Cours

    En marge de l'essor industriel, un événement singulier allait survenir. En Février 1814, l'évêque du diocèse, le cardinal Fesch, oncle de Napoléon, se retire à l'abbaye de Pradines sous la pression des troupes autrichiennes d'occupation. Traqué, il se réfugie à Cours durant quelques jours, dans la famille Butty. Informé des souhaits des Coursiauds de bâtir une nouvelle église, il commanditera plus tard de Rome, la somme de 500 Francs pour les y aider. L'église sera édifiée de Mai 1820 au 18 mars 1821, jour de sa consécration. L'ancienne église St-Etienne, étroite et délabrée, servira de halle et au besoin de géôle pour malandrins occasionnels. Elle sera entièrement détruite à partir de 1843, pour dégager une place.

     

    lettre Cardinal Fesch

  • Développement industriel, grèves, engagement dans le XXe siècle

    De 1846 à 1876, Cours va se séparer de fractions importantes de son territoire qui vont permettre la création des communes du Cergne, La Ville (pour la totalité) et Pont-Trambouze.

    Le développement de l'industrie couverturière réclamant beaucoup de main d'œuvre, c'est toute une population qui migre des alentours pour s'établir à Cours. La cité ouvrière comptera près de 7 000 habitants dans la décade 1880-1890, dont 3 500 ouvriers en usines.

    En juillet 1889, une grève dure et parfois violente, succédant à d'autres, porta sur les conditions tarifaires appliquées au tissage mécanique qui s'implantait. Elle rassemblera 2 000 tisseurs durant près de 9 mois, s'inscrivant dans la mémoire collective.

    Une ligne de chemin de fer, à fonds privés, indispensable vecteur de la vallée de la Trambouze, sera inaugurée en Septembre 1882. Elle contribuera formidablement au développement économique de Cours pendant plus de 85 ans. Mais la route, devenue prioritaire, sera la raison principale de sa fermeture le 31 janvier 1969.

    Train de Cours à St Victor 

    Dans le premier tiers du XXe siècle, Cours est qualifiée de capitale nationale, voire mondiale, de la fabrication des couvertures. Un généreux slogan, « Cours couvre le monde ... » en illustre le fait. Mais certaines usines, secouées par des grèves à répétition, notamment en 1931, vont commencer à disparaître. Malgré le sursaut économique de l'immédiat après-guerre et les années dites « glorieuses », l'industrie de la couverture s'effondre à partir de 1960, après les pertes successives de toutes les colonies, protectorats et comptoirs que possédait la France outre-mer. Mais des industries nouvelles, notamment la métallerie, ont renoué avec le savoir-faire ancestral de l'industrie coursiaude. Les anciennes entreprises du bâtiment, implantées depuis des décennies, se sont considérablement développées. Elles sont aujourd'hui parmi les plus importantes de la région Rhône-Alpes.

    Usine de couverture

    Si le textile associé au para-textile est encore présent à Cours - La Ville, c'est sans conteste grâce à la collaboration d'une main d'œuvre de qualité avec un patronat sérieux et responsable.

     

  • La Ville

       
         
      Commençons par une question : doit-on écrire La Ville ou Laville ?   
         
     
    Dans son "Voyage dans le Haut-Beaujolais", l'abbé Maxime Rimoz de la Rochette (curé de Thizy) fait dire au guide qui l'accompagne lors de sa visite de Cours, vers 1848 : « Notre paroisse renfermait plus de 6.000 habitants, sur un rayon de plus d'une lieue ; on en a retranché deux fractions pour former la paroisse du "Cergne" et celle de "Laville". C'est le village dans lequel on a bâti l'église qui a donné son nom à cette nouvelle paroisse ; on doit donc l'écrire d'un seul mot. »
     
      Cependant, cette orthographe ne résulte sans doute que d'une simple et courante agglutination ; ne serait-ce que par commodité, nous nous conformerons ici à l'usage maintenant bien établi d'adopter une écriture en deux mots.   
         
     
    L'origine toponymique de La Ville provient du mot latin villa, la ferme, qui a ensuite désigné le domaine rural (villa rustica) puis, au Moyen Age, le groupe de fermes, le hameau, l'écart, le petit village.
    Contre toute apparence purement phonétique, La Ville est donc "la campagne" dans l'entière acception du terme.
    Par une forme d'ironie, Cours et La Ville sont d'ailleurs issus de synonymes. En effet, Cours tient sa racine du bas latin cortis dérivé de cohors, enclos, cour centrale d'exploitation agricole, dont l'évolution en a fait un équivalent de... villa, définissant l'organisation villageoise.
     
         
     
    C'est sur son territoire, accroché aux pentes verdoyantes et boisées des contreforts ouest des monts du Beaujolais, que la Trambouze prend sa source, au beau milieu des sapins et frênes de Formont.
    Seul cours d'eau un peu important du "pays de Cours", longtemps son débit et l'apport de quelques ruisseaux affluents auront permis d'entraîner de nombreux moulins puis contribué à la naissance de l'industrie textile qui fera le renom de sa vallée, précédant l'avènement de la machine à vapeur et de l'électricité.
     
         
      Son territoire fut le siège d'occupations néolithiques, celtiques, romaines et un lieu de passages de barbares ou autres pillards de la vieille Gaule. La civilisation est venue avec la souveraineté des sires de Beaujeu et l'influence du prieuré clunisien de Charlieu, soit la féodalité et l'Église régulière.   
         
     
    En réalité, l'histoire de La Ville est somme toute assez ordinaire et se confond étroitement avec celle de Cours jusqu'au XIXème siècle et à son affranchissement.  
    Des exemples patents d'une lointaine et forte imbrication demeurent :
    Le parler, les habitudes de vie sont très sensiblement identiques.
    En désignant La Ville, nos anciens précisaient en patois "Lavelle, lavelle de queu" c'est-à-dire "de Cours" au sens possessif.
    De plus, le lieu-dit "La Cime de Cours" est situé sur les hauteurs de... La Ville.
     
         
      Une église est édifiée au bourg en 1824-1825 et bénite le 16 août 1825. La paroisse "Notre-Dame de l'Immaculée Conception de La Ville", rassemblant 904 fidèles, est officiellement reconnue près de trois ans plus tard par une ordonnance de Charles X, le 13 avril 1828. Sous leur forme actuelle, le clocher sera reconstruit en 1836 et tout le reste de l'édifice agrandi et rénové entre 1857 et 1861.  
      Forte de ses 976 paroissiens et d'une démographie croissante, La Ville revendique son indépendance en 1840, pense l'obtenir en 1853 mais doit patienter jusqu'à la promulgation de la loi du 17 mai 1865, qui lui accorde l'autonomie en ôtant à Cours 1.200 résidents, 613 hectares et son point culminant, le Crêt de Formont, 855 mètres  
      Son premier corps municipal est installé le 13 août 1865, il est composé de douze membres élus. Nommés par arrêté préfectoral du 28 août 1865, le premier maire, Benoît Fusy et son adjoint, Jean Buffard, sont installés à leur tour le 8 octobre 1865.  
      Les registres d'état civil sont mis en service le 1er janvier 1866.  
      Le groupe scolaire flambant neuf ouvre ses portes en janvier 1888.  
         
      Sur un total de 1.190, au recensement de 1866, 442 habitants vivent directement de l'agriculture. Le recours aux activités complémentaires voire de substitution est néanmoins déjà considérable, puisque 682 vivent réellement de l'industrie, dont 611 pour le seul secteur textile.  
      Les Lilipanpans restent au-dessus du millier jusqu'à 1900. Au début du XXe siècle, on dénombre encore huit entreprises artisanales et vingt-deux commerces.  
      Dans la tourmente de la Première Guerre mondiale, trente-six de ses enfants meurent pour la France.  
     
    Sur fond d'exode rural, la population connaît une régression constante au cours des cent dernières années, passant de 840 en 1906 à son étiage historique de 393 entre 1999 et 2003.
     
         
      En 1972, l'état des finances communales est devenu à ce point préoccupant, qu'un rapprochement administratif et budgétaire avec Cours paraît nécessaire, pour ne pas dire indispensable et s'engage progressivement.  
     
    Ainsi, les actes d'état civil sont enregistrés à Cours à compter du 1er janvier 1973.
    Un arrêté préfectoral en date du 26 février 1974 prononce l'association de Cours et de La Ville.
     
      Considérée comme une suite logique à cette situation, la fusion simple entre les deux ex-communes est approuvée le 28 novembre 2004 par une majorité d'électeurs lilipanpans lors d'un référendum et prend effet au 1er janvier 2005.   
         
      Grâce à son attractivité résidentielle, une stabilisation aux environs de 400 à 450 habitants est apparue ces dernières décennies. Ils étaient 444 en janvier 2011, compris dans les 3.995 de Cours La Ville.   
      L'agriculture ne repose plus que sur quatre exploitations, trois sont exclusivement consacrées à l'élevage, l'autre à la production horticole.   
      On compte encore dix commerçants et artisans. Enfin, une entreprise d'effilochage et nappage rappelle, seule, le passé textile du village.   
         
     
    Si, naguère, la bourgade avait su et pu remarquablement s'émanciper, c'est en toute lucidité qu'elle est retournée dans le giron coursiaud.
    Tout au plus, y aura-t-il eu souci de distinction, jamais d'antagonisme. 
     
     
    Une période de cent quarante ans s'est achevée. Elle peut ne paraître qu'une parenthèse au regard de l'histoire mais vaut bien davantage dans la mémoire locale.
    Au moins, La Ville aura-t-elle gardé l'essentiel de son charme naturel et mérité de hisser son nom au côté de celui de la cité mère.
     
         
      Au commencement, il y eut Cours. Hier, il y eut Cours et La Ville, de part et d'autre. Aujourd'hui, il y a Cours La Ville... Ainsi, Cours devint Cours La Ville.